Prisonnière du Centre Anne-Hébert pour deux heures et entourée de gens bien intentionnés assoupis sur leur note de cours, je me questionne. Sous le regard inquisiteur des dictionnaires Robert et du Bon usage, je n’ai le choix que d’avoir l’air occupé sous peine de me faire juger par des livres de référence. C’est dans cette charmante ambiance que cette nouvelle entrée sera pondue.
Le bagage génétique que m’ont légué mes parents m’a doté de cheveux hirsutes, de doigts squelettiques, d’une faible vue et, le sujet de cette chronique, une dextérité faciale latente. Pourvue d’une palette d’expression faciale limitée, mon visage ne doit qu’en maîtriser une dizaine sur les millions de possibilités. De nature réservée, l’expression de mes états d’âme se fait, pour moi, plus facilement du bout de mes doigts en passant par le cliquetis du clavier pour se glisser sur une page blanche Word.
La gymnastique faciale n’étant visiblement pas mon forte, une expression neutre orne la plupart du temps mon visage. Les muscles faciaux se relâchent entrainant la chute de mes traits me donnant un air méprisant/baveux/bête/ indifférent/condescendant/autre belle qualité du genre. Enfin bref, je me base sur les commentaires de mon entourage.
Combien de fois dans ma vie me suis-je fais dire d’une façon très agréable «T’as ben l’air bête! » alors que j’étais en état de béatitude totale?
Suis-je simplement victime de ma faiblesse musculaire au niveau de la tête ou devrai-je me forcer à me trouver une nouvelle expression neutre un peu plus sympathique pour le plus grand plaisir des gens qui me regardent? Être bien dans sa peau (c’est littéralement le cas de le dire) ou changer pour moins agresser les gens? Est-ce que je peux vraiment quelque chose au fait que mes traits soient sévères et tirés vers le bas ou les gens sont-ils trop sensibles?
Est-ce qu’un visage appartient à celui qui le porte ou à ceux qui le voit?
Du genre à lâchement céder pour acheter la paix, j’ai rapidement considéré passer sous le bistouri afin de régler mon problème. Ma mère m’a dit que je n’avais pas d’allure comme la fois où je lui avais dit que j’étais allé porter mon CV au Sex Shop. (Ah les mères!)
Je me demande si je suis trop exigeante de demander aux gens d’accepter ma face au neutre comme elle est malgré les connotations qu’elle leur inspire. Je veux dire quand je suis bête, (ce qui arrive généralement 3 secondes après m’être faite dire «T’es ben bête!»), ça paraît (Mes sourcils se froncent). Dois-je véritablement me justifier au point de rendre mon visage plus agréable à la vue de tous? Est-ce que ça se fait de dire aux gens à quoi leur face ressemble alors qu’ils n’ont aucune idée du genre de journée nous avons eu?
J’ai aussi pensé adopter une nouvelle technique qui consiste à avertir les gens avec qui je me trouve de ma malformation d’air bête involontaire, mais ce n’est pas un grand succès. En effet, une espèce de cercle vicieux se crée et toutes les phrases qui me sont adressé commencent par :
« Ok, je sais que tu as l’air bête, mais…»
« C’est vrai que tu as l’air bête…»
«Ah tu bête, mais ce n’est pas grave…»
Heu…merci de votre compréhension j’imagine.
Comme en regardant sous un capuchon de Pepsi, je me dis « meilleur chance la prochaine fois ».
Après une entrée aussi chialeuse, allez-vous me croire que je suis de nature à être de bonne humeur? C’est juste que le simple fait de me faire dire «T’es dont ben bête», surtout lorsque c’est non fondé, agit comme une sorte de catalyseur à frustration.
Momo, la butch qui bitch
P.S. Je ne suis pas tout à fait démunie côté muscles faciaux : je sais faire bouger mes oreilles et mes narines!
Vos bitcheries