FICTION | FICTION | FICTION
Mes années d’expérience à transiger en métro de la Rive-Sud au centre-ville de Montréal m’avaient doté d’une connaissance particulière de la ligne jaune. Par exemple, si on se place 3 mètres après la poubelle de recyclage sur le quai de Longueuil, on arrive vis-à-vis le corridor des correspondances à Berri.
Je sais que la durée du trajet se situe entre deux chansons de Little Joy et Americain Pie (la version de Don McLean merci beaucoup) dépendamment de l’achalandage au département des suicides. Je sais aussi que j’ai le temps de faire la moitié d’un sodoku de niveau débutant, boire un café en me brûlant la langue, compter à partir de 1000 par bons de 43 à l’envers. Mais, avoir le temps de m’arracher le cœur entre deux rives, ça, je savais pas que c’était possible.
Je veux dire, on n’était pas rendu à Jean-Drapeau que tu m’avais laissé.
Quand, ta main a quitté la mienne, j’ai compris que nous deux c’était plus qu’une interruption de service. Les portes se sont refermées derrière ta silhouette fuyante. Comme pour sceller à jamais ce que nous avions été.
Je suis restée assise là à fixer le rien. Ta sortie à Jean-Drapeau avait été on ne peut plus clair ; tu étais partie retrouver ton ex qui torchait des toilettes pour un salaire de médecin au fuckin’ Casino. (Le monde doit déféquer de l’or pour payer leur staff à ce prix-là.)
Mes oreilles bourdonnaient et, pour une fois, ce n’était pas à cause du roulement des roues. Ce n’était pas non plus les cris stridents des freins qui me faisaient grincer des dents. J’avais des nausées, mais pas de gros gars suant sur qui les blâmer. Mon corps secoué de sanglots se balançait en désaccord avec le rythme des virages.
J’aurais prolongé mon séjour dans le wagon humide jusqu’au bout de l’univers. Pour mettre le plus d’espace possible entre toi et moi. Pour rester dans le No man’s land entre être seule ou accompagnée juste un peu plus longtemps.
Mais le métro était rendu à la fin de la ligne jaune. Comme nous deux.
Alors je suis débarquée.
ton texte me laisse un peu perplexe…
et le casino c’est cool!
ton texte me laisse quelque peu perplexe…
et cesse d’insulter le casino
Jeez, j’adore.